Je reviens enfin sur un trekking incroyable fait au Chili il y a plusieurs semaines, le Circuit O à Torres del Paine. C’est un trekking magnifique, un des plus beaux au monde selon plusieurs guides, qui prend 8 jours pour parcourir environ 110 km. Il comprend le circuit W (4 à 5 jours); plus connu par les touristes, mais en commençant par l’autre côté, ce qui permet de faire une boucle tout autour des massifs montagneux.

Les préparatifs

Au niveau de la condition physique, c’est un trekking sportif mais faisable si on a un tant soi peu de condition. On a même vu des familles parcourir les sentiers, pas de quoi s’inquiéter donc. Et le parc permet de le faire de plusieurs manières, que ce soit pour les baroudeurs qui préféreront amener leur tente ou en louer une sur place, ou pour les familles qui loueront des chambres dans les refuges.

Guess what? Nous sommes des backpackers (ou mochileros comme ont dit ici) et fiers de l’être, on emporte tout notre matériel donc. Tente, réchaud à gaz, nourriture et tutti quanti, je vous explique ici comment j’ai fait mon sac à dos, ce qui n’est pas une mince affaire croyez-moi.

Au niveau de l’organisation pratique, il faut réserver tous les campings à l’avance, bien à l’avance, et ce n’est pas chose aisée. Deux compagnies différentes: Vertice Patagonia et Fantastico Sur, je vous dirais chaque jour les campings que nous avions choisis.

Comment y arriver?

Depuis Santiago, prendre un avion jusque Punta Arenas. De là, prendre un bus qui vous amènera à Puerto Natales, petite ville remplie d’amoureux de la montagne, et remplie de plusieurs bons restaurants pour profiter une dernière fois avant la grande joie des repas lyophilisés pendant une semaine.

Jour 1

Levés de bonne heure pour prendre le bus qui va jusqu’à l’entrée du parc. Il faut un peu de patience le matin même car vous devrez faire la queue pour payer l’entrée du parc et montrer toutes vos réservations de camping, puis reprendre le bus pour l’hôtel des Torres. Si la météo le permet, vous verrez déjà les fameuses tours le premier jour, profitez-en car c’est très probable que le jour J, le fameux jour de la montée vers les Torres, la météo soit moins clémente, true story.

Et hop c’est parti pour la première après-midi de marche, 9 km nous attendent avant le premier camping, le camping Seron (Fantastico Sur). Les premières minutes sont faciles, on est enchantés de se lancer dans un trek dont on a tant rêvé pendant un an. On profite de la vue, du soleil, on rigole sur l’équipement et l’accoutrement des uns et des autres.

Trêve de plaisanteries, déjà, après une heure, le sac pèse, un peu beaucoup trop, sur les épaules, et je n’ose même pas imaginer comment je vais faire pour porter ce poids sur mes épaules 8 jours encore. A chaque montée je me plie en deux comme un âne qui porte sa charge, sauf que lui doit certainement porter dix fois mon sac. Les rafales de vent n’aident pas la stabilité, mais comme souvent au Chili, le paysage en vaut tellement la peine que ça aide à ne pas penser à la tonne de nourriture que je porte sur le dos, ai-je bien fait d’emmener mon pot de peanut butter?

Au final la journée passe à toute vitesse, une pause snack par-ci, une pause dej par là, un peu d’eau et on repart, pour arriver au premier camping. On monte la tente vite fait bien fait, on devient des experts maintenant, une petite douche chaude nous attend, bonheur.

Et puis, petit détail mais pas des moindres, aujourd’hui c’est Noël, on est le 24 décembre. Alors après s’être installés à notre aise, on sort la bouteille de vin rouge et les cacahouètes transportées pour l’occasion, ah c’était ça tout le poids sur mon dos?, et on prend l’apéro, face à l’immense étendue qui s’offre devant nous, perdus au milieu de la Patagonie. Elle est pas belle la vie?

Jour 2

Départ pas très très matinal, pour les plus fidèles d’entre vous vous aurez compris dans mes autres récits qu’on n’est pas du matin, et qu’on n’est pas des plus rapides pour se préparer. Aujourd’hui ce sont 18,5 km qui nous attendent, tous plus beaux les uns que les autres. On traverse d’immenses plaines, bordées de lacs d’un bleu intense, au milieu des montagnes rocailleuses, on aperçoit de la neige sur les sommets, un vrai régal pour les yeux. Le must? Il fait beau, et le paysage est fleuri de milliers de petites fleurs blanches, cela nous fait oublier le sac lourd, un peu moins lourd depuis hier soir, et le vent qui ne cesse de souffler, et nous déstabiliser. Après un déjeuner délice, pain tortilla et saucisson, on arrive au camping Dickson (Vertice), un lieu vraiment incroyable. On arrive d’en haut du coup on voit de loin les petites tentes éparpillées autour d’un lac, et on aperçoit au loin deux glaciers. On en a la les yeux écarquillés et la bouche bée, la beauté de la nature est à en couper le souffle.

Même rituel du soir, mais sans la bouteille de vin, tente, douche chaude, soupe, repas délice et dodo bien mérité.

Jour 3

Aujourd’hui est une petite journée, on part pour le camping Los Perros (Vertice) à 9 km de là. Demain nous attend la fameuse journée du pass, celle où on monte jusqu’à 1240 m pour redescendre sur le circuit du W. Du coup on n’est pas pressés, une photo par-ci, une pause snack par-là, il fait un peu plus froid aujourd’hui et le paysage a changé, on traverse maintenant des forêts et des terrains marécageux. Avant d’arriver au camping on tombe nez à nez avec un glacier, le Glaciar Los Perros, on le voit de tout près, c’est une grande première.

Le camping est un peu plus décevant que les précédents, il n’y a pas de douche chaude et l’endroit n’a rien d’exceptionnel, du coup on passe la fin de journée à jouer aux cartes en buvant une bonne soupe qui nous réchauffe.

Jour 4

Le jour du pass est arrivé, on part tôt car plus de 22 km de marche nous attendent avant d’arriver au camping Grey (Vertice). Mais avant ça on a d’abord 12 km pour arriver au pass, environ 4h de montée, dont la dernière dans la neige, c’est physique mais l’excitation de ce qui nous attend nous motive, et honnêtement les sacs sont déjà bien moins lourds. Après quelques derniers pas dans la neige et sous des rafales de vent plus fortes que les jours précédents, on tombe sur le glacier Grey, un glacier long de 6km et haut de 30mètres, jamais je n’ai rien vu d’aussi beau et impressionnant à la fois. On aura la chance de longer ce glacier pendant des heures encore, de longues heures de descente mais qui resteront gravées dans ma mémoire. Entre la force du glacier qui gronde à côté de nous, le soleil qui tape sur nos mollets endoloris, les arbres qui grincent de vieillesse, le vent qui nous déséquilibre et la nature à l’état brut, je me rends compte que nous sommes bien petits et impuissants face à l’immensité, la force et la beauté de la nature.

Jour 5

Réveil plus compliqué aujourd’hui, on a un peu mal aux jambes de la veille, et il pleut. Il fallait s’y attendre, en Patagonie le climat est capricieux, et très changeant. On prend du coup notre temps de profiter d’un bon petit déjeuner, porridge et café en poudre, miam, et des douches chaudes du camping Grey. On s’octroie une petite ballade additionnelle avant de continuer notre chemin, on va revoir le glacier Grey de plus près, au mirador du camping. La beauté de cette escapade nous redonne des forces pour continuer notre périple, en route pour le camping Paine Grande (Vertice). On commence les 11km sous la pluie, mais le vent chasse vite les nuages et nous parcourons la plupart du chemin sous un soleil et quelques nuages, à nouveau chassés par le vent et la pluie à notre arrivée au camping. Heureusement, les installations à Paine Grande sont de luxe, on s’abrite dans une gigantesque pièce réservée aux mochileros, on partage une soupe et quelques snacks avec des compagnons rencontrés sur la route, chacun raconte ses aventures, on passe un bon moment bien au chaud avant de braver la pluie pour rejoindre notre tente et s’endormir comme des masses.

Jour 6

Réveil sous le soleil tôt matin, on se réveille avec une superbe vue sur le lac qui borde le camping. Mais bien vite le climat devient capricieux, heureusement qu’on est bien équipés, car nous parcourons les 11 km qui nous séparent du camping Francés (Vertice) sous la pluie et l’orage. A part mes bottines, la boue et encore la boue (je vous passe le moment où je glisse et me retrouve le nez par terre, dans la boue, encore) je n’ai pas vu grand chose comme paysage ce jour-là, ce qui expliquera mon humeur pas très joviale lorsqu’on a du déplier la tente sous la pluie, pour la remonter sous la pluie et se rendre compte qu’il faisait froid, très froid. Heureusement, un pololo aux petits soins, une soupe bien chaude et un bon livre m’aident à me relaxer, cela arrive des journées de mauvais temps, on ne peut rien y faire. Après une longue longue douche brûlante, on décide de se faire plaisir ce soir, on s’offre une petite bière et on cuisine notes pâtes bolognaise, je suis aux anges. On rencontre une famille chilienne qui entame le trek, on raconte notre expérience, on passe à nouveau une excellente soirée.

Jour 7

Déjà l’avant-dernier jour du trek, et pas des moindres. On se lève tôt pour aller à la Valle del Frances, c’était prévu pour hier mais le mauvais temps ne nous l’a pas permis. On part donc de bonne heure pour entamer l’ascension de la vallée. Montée intense, on arrive au premier mirador, qui nous permet d’avoir une superbe vue sur le parc, les glaciers autour et les lacs qui les longent. Malheureusement le plaisir est de courte durée, plus on monte plus la neige et le vent nous frappent le visage, on décide donc d’arrêter notre montée et de redescendre vers le beau temps. On repart vers le dernier camping, le camping Las Torres (Fantastico Sur) et on passe une journée incroyable. Le beau temps est de la partie, même si dès qu’on se retourne on voit les nuages noirs et la neige essayer de nous rattraper. On profite du paysage, des lacs bleus (un petit plongeon s’impose pour le pololo) et de l’accueil incroyable du refugio los cuernos à midi. Les kilomètres passent, on est à nouveau bouche bée devant les Cuernos, un massif rocheux en forme de cornes, immense, grandiose. On arrive sur les genoux au camping, on a fait plus de 20 km aujourd’hui, et même si les sacs ne pèsent plus rien, les jambes commencent à sentir la fatigue.

Jour 8

Le jour attendu par tous les touristes, celui où on peut aller faire la photo devant les fameuses Torres, photo que vous avez déjà vue des milliers de fois. Sauf qu’aujourd’hui, on se réveille à 5h pour entamer l’ascension, et il pleut. On ne se décourage pas, on se dit que ça se dégagera en haut, même si les gardes nous certifient le contraire. Après un peu plus de 10 km de montée, une montée pas toujours évidente entre la neige, le vent, et le chemin rocailleux et très pentu, on arrive à ces fameuses Torres. Soulagement d’y être enfin, fierté d’avoir fait ces 8 jours en autonomie, d’avoir marché tous ces kilomètres, notre périple s’arrête là. Et les Torres dans tout ça? Disons qu’on les a vues, ou qu’on a pu les apercevoir et les imaginer entre les nuages, mais honnêtement, on a vu tellement de choses magnifiques sur tout le trajet que cela ne nous dérange pas, on est tellement heureux d’avoir pu vivre ça, d’avoir pu partager à deux un des plus beaux treks au monde, d’avoir déjà des millions d’image en tête, de se rendre compte encore une fois à quel point on aime la nature… On reviendra, pour la photo et pour tout ce qu’il y a à découvrir encore en Patagonie!